Apprendre à partager entre frères et sœurs : 7 méthodes efficaces pour une fratrie harmonieuse
Tu as peut-être déjà vécu cette scène : ton enfant hurle « C’est à moi ! » en serrant son jouet contre lui, pendant que son frère ou sa sœur tente de le lui arracher. Les disputes autour du partage sont l’un des défis les plus fréquents dans les familles avec plusieurs enfants. Mais rassure-toi, apprendre le partage est un processus naturel qui demande simplement du temps, de la patience et les bonnes stratégies. 🤝
Comment apprendre à partager entre frères et sœurs ? Dans cet article, tu découvriras des méthodes concrètes et efficaces pour enseigner le partage à tes enfants, créer une atmosphère familiale plus sereine et développer leurs compétences sociales. Prêt.e à transformer les moments de tension en opportunités d’apprentissage ?
Pourquoi apprendre à partager est-il si difficile pour les enfants ?
Le développement cognitif et émotionnel de l’enfant
Pour comprendre pourquoi le partage pose tant de difficultés, il faut d’abord saisir comment fonctionne le cerveau de ton enfant. Avant 3-4 ans, les petits vivent dans un monde centré sur eux-mêmes. Ce n’est pas de l’égoïsme, mais plutôt une étape normale du développement cognitif.
À cet âge, ton enfant ne comprend pas encore que les autres ont des besoins et des désirs différents des siens. Le concept de « propriété » est également flou : pour lui, tout ce qu’il touche ou utilise lui appartient temporairement. C’est pourquoi il peut être si difficile de lui faire lâcher un jouet, même s’il ne lui appartient pas. 🧸
L’instinct de possession et de sécurité
Le besoin de posséder certains objets répond aussi à un instinct de sécurité. Ton enfant s’attache à ses affaires, car elles lui procurent un sentiment de contrôle dans un monde où les adultes décident de presque tout pour lui. Ses jouets, son doudou ou ses livres représentent des repères stables dans son quotidien. 📚
Cette phase est donc parfaitement normale et nécessaire au bon développement de ton enfant. Ta mission n’est pas de la supprimer, mais de l’accompagner progressivement vers plus de flexibilité et d’ouverture aux autres.
Les bienfaits du partage dans la fratrie
Développement de l’empathie et des compétences sociales
Quand ton enfant apprend à partager avec ses frères et sœurs, il développe des compétences essentielles pour sa vie future. Le partage l’aide à comprendre les émotions des autres, à développer son empathie et à créer des liens plus forts avec sa fratrie.🤝
Ces compétences sociales acquises à la maison se répercutent directement sur ses relations à l’école, avec ses amis et plus tard dans sa vie professionnelle. Un enfant qui sait partager devient généralement un adulte plus collaboratif et bienveillant.
Réduction des conflits familiaux
Paradoxalement, enseigner le partage permet de réduire les disputes à long terme. Au début, cela demande plus d’interventions de ta part, mais progressivement, tes enfants apprendront à négocier entre eux et à trouver des solutions créatives à leurs conflits.
Une fratrie qui maîtrise l’art du partage vit dans une atmosphère plus détendue, où chacun se sent respecté et écouté. Les parents peuvent alors profiter de moments plus sereins en famille.
7 méthodes efficaces pour enseigner le partage
1. Modéliser le comportement de partage
Tes enfants apprennent principalement en t’observant. Si tu veux qu’ils partagent, commence par montrer l’exemple dans tes interactions quotidiennes. Partage ton dessert avec eux, propose à ton conjoint de choisir le programme télé, ou encore offre un morceau de ton chocolat à un ami en leur présence.
Verbalise tes actions : « Je partage mon gâteau avec papa parce que j’aime lui faire plaisir » ou « Je prête ma voiture à mamie parce qu’elle en a besoin ». Ces petits gestes du quotidien ancrent profondément la valeur du partage dans l’esprit de tes enfants.
N’oublie pas non plus de partager ton temps et ton attention équitablement entre tes enfants. Chacun doit sentir qu’il a sa place et qu’il reçoit sa part d’amour parental.
2. Établir des règles de partage claires et cohérentes
Pour que le partage fonctionne, tes enfants ont besoin de règles claires et prévisibles. Établis ensemble des règles familiales concernant :
- Les jouets communs qui doivent être partagés
- Les objets personnels qui n’ont pas besoin d’être prêtés
- La durée d’utilisation de chaque objet (par exemple, 15 minutes avec la tablette)
- La procédure à suivre en cas de conflit
📌 Affiche ces règles dans un endroit visible et rappelle-les régulièrement. La cohérence est essentielle : si tu fais une exception aujourd’hui, tes enfants testeront cette limite demain.
3. Utiliser la technique du minuteur
⏳ Le minuteur est ton meilleur allié pour gérer le partage des objets convoités. Cette méthode objective évite les négociations sans fin et les accusations de favoritisme.
Voici comment procéder : quand deux enfants veulent le même jouet, explique que chacun aura son tour de 10 ou 15 minutes (adapte selon l’âge). Lance le minuteur et annonce qui commence. Quand la sonnerie retentit, c’est automatiquement au tour de l’autre.
Cette technique apprend la patience à tes enfants tout en garantissant l’équité. Progressivement, ils intégreront cette notion de « tour de rôle » et pourront l’appliquer de manière autonome.
4. Créer des espaces et des temps personnels
Paradoxalement, pour bien apprendre à partager, tes enfants ont besoin d’espaces où ils n’ont pas à le faire. Chaque enfant devrait avoir :
- Un espace personnel (son lit, son coin bureau, une étagère)
- Des objets qui lui appartiennent exclusivement
- Des moments où il peut jouer seul sans être dérangé
Ces espaces privés permettent à ton enfant de se ressourcer et de mieux accepter le partage dans les espaces communs. Respecte ces zones personnelles et enseigne aux frères et sœurs à faire de même.
5. Encourager la coopération plutôt que la compétition
Au lieu de créer une atmosphère de compétition entre tes enfants, mise sur la coopération. Propose des activités où ils doivent travailler ensemble pour atteindre un objectif commun :
- Construire ensemble une grande tour de Lego
- Préparer un spectacle à présenter aux parents
- Organiser une chasse au trésor où ils forment une équipe
- Cuisiner un gâteau à quatre mains
Ces moments de collaboration renforcent les liens fraternels et montrent que travailler ensemble est plus gratifiant que se disputer.
6. Valoriser les comportements de partage
Quand tu observes un comportement de partage spontané, félicite immédiatement ton enfant de manière spécifique : « J’ai vu que tu as prêté ton livre à ta sœur sans qu’elle te le demande. C’est très généreux de ta part ! »
Cette reconnaissance positive renforce le comportement et encourage sa répétition. Évite cependant les récompenses matérielles systématiques qui pourraient créer une motivation externe plutôt qu’interne.
Tu peux aussi créer un « tableau des bons moments de partage » où tu notes les situations positives observées. Cette visualisation aide les enfants à prendre conscience de leurs progrès.
7. Gérer les conflits avec bienveillance
Malgré tous tes efforts, les disputes autour du partage continueront à survenir. C’est normal et même nécessaire pour l’apprentissage. Voici comment réagir :
➡️ Reste calme : Ton état émotionnel influence directement celui de tes enfants. Une voix posée et ferme sera plus efficace que des cris.
➡️ Écoute chaque partie : Laisse chaque enfant exprimer son point de vue sans l’interrompre. Cela leur apprend l’importance d’écouter et d’être écouté.
➡️ Guide vers des solutions : Plutôt que d’imposer ta solution, aide-les à trouver eux-mêmes des compromis. Pose des questions comme « Comment pourriez-vous résoudre ce problème ensemble ? »
➡️ Sépare si nécessaire : si les émotions sont trop vives, n’hésite pas à séparer temporairement les enfants pour qu’ils se calment avant de chercher une solution.
Adapter les stratégies selon l’âge
Les tout-petits (18 mois / 3 ans)
À cet âge, le partage est encore difficile à comprendre. Concentre-toi sur :
- L’apprentissage du vocabulaire : « à moi », « à toi », « ensemble »
- Les jeux parallèles plutôt que le partage direct
- La distraction et la redirection vers d’autres activités
- Les félicitations quand ils acceptent de lâcher un objet
Ne t’attends pas à des miracles, la notion de propriété temporaire est encore floue pour eux.
Les enfants d’âge préscolaire (3/5 ans)
C’est l’âge idéal pour commencer l’apprentissage structuré du partage :
- Introduis la notion de tour de rôle
- Utilise des supports visuels (minuteur, tableau)
- Raconte des histoires sur le partage
- Encourage les jeux coopératifs simples
À cet âge, ils commencent à comprendre les règles sociales et à développer leur empathie.
Les enfants d’âge scolaire (6/12 ans)
Les enfants plus grands peuvent comprendre des concepts plus complexes :
- Négociation et résolution de conflits
- Partage des responsabilités familiales
- Empathie et considération des besoins des autres
- Gestion autonome des conflits mineurs
Implique-les davantage dans l’établissement des règles familiales.
Les erreurs courantes à éviter
1️⃣ Forcer le partage systématiquement : Obliger constamment ton enfant à partager peut avoir l’effet inverse de celui recherché. Il risque de devenir encore plus possessif et de développer de l’anxiété autour de ses affaires. Respecte son besoin légitime de posséder certains objets personnels et négocie seulement pour les biens communs ou les situations où le partage est vraiment nécessaire.
2️⃣ Comparer les enfants entre eux : Évite les phrases comme « Regarde comme ton frère partage bien, lui ! » Ces comparaisons créent de la rivalité et peuvent nuire à l’estime de soi de l’enfant qui a plus de difficultés. Chaque enfant a son propre rythme d’apprentissage et ses propres défis à relever. Concentre-toi sur les progrès individuels plutôt que sur les comparaisons.
3️⃣ Ignorer les émotions de l’enfant : Quand ton enfant refuse de partager, il exprime souvent une émotion légitime : peur de perdre son jouet, frustration, sentiment d’injustice. Reconnaître ces émotions avant de demander le partage facilitera sa coopération. Tu peux dire : « Je vois que tu es triste de devoir prêter ton camion. C’est normal, tu l’aimes beaucoup. Ta sœur le gardera juste 10 minutes, puis tu le récupéreras. »
Comment gérer les situations spécifiques ?
Le partage lors des repas
Les repas sont d’excellents moments pour pratiquer le partage de manière naturelle. Encourage tes enfants à :
- Se passer les plats de main en main
- Partager une assiette de fruits ou de légumes
- Goûter dans l’assiette du voisin (avec son accord)
- Participer à la préparation et au service
Ces gestes simples ancrent le partage dans les habitudes quotidiennes.
Les jouets et les écrans
Pour les objets très convoités, comme les tablettes ou les consoles de jeu, établis un planning précis :
- Créé un planning hebdomadaire visible
- Alterne les créneaux selon les jours
- Prévois des activités alternatives pendant l’attente
- Respecte scrupuleusement les horaires convenus
Les sorties et les activités
Lors des sorties en famille, implique tes enfants dans les choix :
- Chacun choisit une activité à tour de rôle
- Votez en famille pour les destinations
- Partagez les collations et les boissons
- Alternez qui choisit la musique en voiture
Ces moments renforcent l’idée que le partage peut être amusant et gratifiant.
L’importance de la patience et de la persévérance
Apprendre à partager est un processus long qui demande énormément de patience de ta part. Il y aura des régressions, des moments de découragement et des situations où tu auras l’impression de répéter les mêmes choses en boucle.
C’est parfaitement normal. Le développement des compétences sociales suit rarement une courbe linéaire. Ton enfant peut très bien partager ses jouets un jour et refuser catégoriquement le lendemain.
Garde en tête que chaque petite victoire, chaque moment de partage spontané, chaque conflit résolu pacifiquement est un pas vers plus d’harmonie familiale. Ta persévérance et ta bienveillance porteront leurs fruits à long terme.
Créer une culture familiale du partage
Au-delà des techniques spécifiques, l’objectif est de créer une véritable culture du partage dans ta famille. Cette culture se développe à travers :
➡️ Les rituels familiaux : Moments réguliers où toute la famille partage (repas, jeux, lecture d’histoires)
➡️ Les valeurs transmises : Discussions sur l’importance de la générosité, de l’entraide et du respect mutuel
➡️ L’exemple quotidien : Ton comportement et celui de ton conjoint dans les situations de partage
➡️ La cohérence : Application équitable des règles pour tous les membres de la famille
➡️ La célébration des réussites : Reconnaissance et valorisation des moments de partage réussis
Quand demander de l’aide ?
Dans certaines situations, les difficultés de partage peuvent révéler des problèmes plus profonds nécessitant un accompagnement professionnel :
- Agressivité excessive et répétée lors des conflits
- Anxiété importante liée à la perte d’objets
- Régression marquée après une période de progrès
- Difficultés relationnelles importantes à l’école
- Troubles du comportement associés
N’hésite pas à consulter un psychologue pour enfants, un pédiatre ou un conseiller familial si tu t’inquiètes du développement social de ton enfant.
Apprendre à partager entre frères et sœurs : un investissement pour l’avenir
Enseigner le partage à tes enfants représente bien plus qu’une simple règle de vie familiale. C’est un investissement précieux pour leur développement personnel et social. Les compétences acquises dans la fratrie les accompagneront tout au long de leur vie, dans leurs amitiés, leurs relations amoureuses et leur vie professionnelle.
Rappelle-toi que Rome ne s’est pas construite en un jour, et que l’harmonie au sein d’une fratrie ne s’établit pas instantanément. Chaque jour apporte ses défis, mais aussi ses opportunités d’apprentissage et de croissance. Avec de la patience, de la cohérence et beaucoup d’amour, tu peux transformer les disputes de tes enfants en véritables leçons de vie.
Tes enfants ne te remercieront peut-être pas aujourd’hui pour toutes ces heures passées à arbitrer leurs conflits et à leur enseigner le partage. Mais dans quelques années, quand tu les verras s’entraider naturellement, se soutenir dans les difficultés et maintenir des liens fraternels forts, tu sauras que tous ces efforts en valaient la peine.
Le partage s’apprend, se cultive et se transmet. En investissant dans cet apprentissage aujourd’hui, tu offres à tes enfants les clés d’une vie relationnelle riche et épanouissante. Et cela, c’est le plus beau cadeau que tu puisses leur faire.